Interview n°2

Voici une interview d'Anne-Marie Pol prise lors d'un débat à l'Université de Lille en 2002. Le débat avait pour thème : Les séries : Un débat dépassé ?

 

Anne-Marie Pol, vous avez écrit une trentaine de romans...

Oui, peut-être même un peu plus parce qu'avec la série Danse, je crois que j'arrive à cinquante. mais enfin peu importe...

Quatre pour Coeur Grenadine et vingt-deux dans la série Danse...

Non, il n'y a pas que Danse et Coeur Grenadine. J'ai commencé par la Reine de l'île chez Castor Poche, qui est passé depuis chez Hachette. C'est mon premier roman, quelque chose qui n'a absolument rien à voir avec les séries, parce que c'était mon premier saut dans la Littérature Jeunesse ou dans la Littérature tout court, comme on voudra. Il y avait dans ce livre, une part d'autobiographie, même si je n'ai jamais vécu dans une île comme l'héroïne. J'ai écrit aussi, chez Bayard, Cabrita la sauvage et, dernièrement, des livres chez Grasset, Mon chevalde papier et La vie d'abord, que je n'ai pas apportés. Il y a enfin la série Danse, pour laquelle je suis venue vous rencontrer.

Ce que je voulais dire c'est qu'avant, vous écriviez des romans...

Oui, j'écris beaucoup.

...et que maintenant, vous êtes plus orientée sur la série Danse...

Je suis orientée essentiellement sur la série Danse, mais je tiens à me ménager une sorte de respiration. Une fois par an, depuis le début de la série, j'écris un roman pour un autre éditeur que Pocket. L'année dernière, il y a eu La vie d'abord chez Grasset et, l'année d'avant, il y avait eu Mon cheval de papier, toujours chez Grasset. En ce moment, j'ai un travail en préparation et d'autres projets pour la suite.

[...]

Je crois que la démarche avec la série Danse est tout à fait différente. D'abord, je me permets de préciser que la série Danse est celle qui marche le mieux chez Pocket. Curieusement, ce n'est pas une traduction, c'est une création originale en français, et je peux vous affirmer que l'auteur ne s'est pas demandé si ça allait plaire ou déplaire au lecteur. Le but était de montrer un personnage dans sa vie quotidienne, dans ses émotions, dans ses désirs et dans ses ambitions. C'est un personnage qui a un but, devenir danseuse professionnelle, et danseuse étoile le cas échéant. J'ai ce désir de montrer toute la vie d'une jeune fille de treize ans.

Ainsi, je crois que Danse est exactement le contre-exemple de ce que l'on a entendu, c'est-à-dire de bonnes séries, bien faites et bien ficelées, mais traduites de l'anglais. Là, c'est vraiment une façon de se positionner en tant que personnage français, personnage qui est vécu, imaginé, senti, transpiré, comme le dit mon personnage de façon originale. C'est-à-dire que personne ne passe derrière moi. Je pense donc que le succès de la série Danse vient de sa singularité. Elle se démarque de toutes ces séries américaines, qui sont bien faites, et que je connais de l'intérieur, puisque j'en ai traduit certaines sous différents pseudonymes. Je les apprécie, mais je crois réellement que, sans vouloir m'envoyer des fleurs, il y a quelque chose d'autre, c'est-à-dire tout simplement l'autobiographie d'un auteur, ce que l'on appelle bêtement la littérature.

Je me permets de dire cela en parlant de mon propre texte, car si je ne le défend pas moi-même, personne ne le fera à ma place ! Je sais que les séries sont toujours un peu regardées de haut, considérées parfois comme le "Mac Donald de la littérature", ce qui peut-être vrai après tout, mais enfin Le Mac Donald, il y en a qui aiment ça ! Mais là, je crois qu'il y a quelque chose d'un peu différent : il s'agit de rendre le parcours d'une jeune fille avec son langage, ses émotions, et cela fait écho auprès des jeunes. Je reçois énormément de lettres de lectrices, qui me disent "Nina, c'est moi, c'est exctement moi". Or, je ne pense pas à elles quand j'écris. je pense au personnage, c'est à dire qu'au fond, très égoïstement, je pense à moi, telle que j'aurais pu être à treize ans et demi dans la peau de ma Nina, et bien qu'elle soit brune aux yeux noirs. Mais peu importe, je crois que la série Danse doit être considérée comme une série un peu à part, et pour moi ce n'est pas vraiment une série, ce serait plutôt un feuilleton, qui raconte l'aventure de Nina, lancée vers la conquête des étoiles. 

Est-ce que vous êtes passée par une école pour écrire la série Danse ?

J'ai appris à écrire des romans efficaces, parce que les lectrices de la littérature sentimentale sont peut-être semblables aux enfants. Elles ont envie d'être tout de suite prises dans une action, d'aimer le personnage principal, de s'y reconnaître. Elles n'ont pas envie de lire des digressions genre "nombriliste et compagnie" et si on peut dire, cela m'a appris à écrire. Quand Natacha Dérévitsky m'a proposé cette série, il est certain que j'ai pu dire oui sans angoisse particulière, parce que je savais que j'avais derrière moi ces dix ans de "barres". Quand on danse, on ne vous demande pas le premier jour de danser Le Lac des Cygnes. Au bout de dix ans, on peut vous demander d'écrire quelque chose de plus difficile que de rester accroché à la barre. C'est vrai que pour moi la barre, ça a été la littérature sentimentale. Je lui dois beaucoup et grâce à elle, j'ai pu me "lancer sur scène". Mais j'ai pris des espèces de réflexes, je pourrais dire des "réflexes intégrés" qui me sont venus du fait d'écrire énormément (tous les jours, six heures par jour, depuis 1983). Donc j'ai des tonnes de textes écrits pour cette littérature "parallèle", et j'en suis très contente parce que c'est un apprentissage extraordinaire.

N'est-ce pas sclérosant d'écrire des livres où le personnage est toujours le même ?

Danse, c'est un peu l'arbre qui cache la forêt. J'ai écrit des choses qui n'avaient rien à voir avec la danse : Promenade en temps de guerre, qui se passe pendant la guerre de 14, La Reine de l'île, qui est un huis clos entre un grand-père et sa petite-fille, Mon cheval de papier, dans lequel les personnages s'échappent du roman pour se venger de l'éditeur qui n'a pas voulu le faire paraître, et Cabrita la sauvage qui se passe au Moyen-Age. Enfin, il y a le personnage de Nina (Danse), qui résume tout ce qu'il y avait dans mes autres personnages : c'est un archétype.

Vous avez pratiqué vous-même la danse ?

Non. J'ai rêvé de prendre des cours de danse quand j'étais petite. J'ai d'ailleurs commencé à le faire quand nous habitions Cannes. Puis, j'ai été renversée par une voiture en revenant des cours, qui se sont arrêtés là, non pas parce que j'avais été accidentée de façon grave, mais pour la trouille que j'avais donnée à mes parents en y allant seule. Après cela, j'ai été en pension et je n'ai jamais pu danser à nouveau. Ca a été une frustration. Une fois adulte, dès que j'ai pu, je me suis inscrite à un cours de danse et je n'ai plus arrêté. J'allais dans une école à Madrid. Cette école avait été fondée par une grand-mère qui voulait que sa petite fille soit danseuse. Cette grand-mère, évidemment très fortunée, avait crée cette école, ouverte à tous, pour qu'elle puisse y danser avec d'autres enfants. J'ai observé ses petites ballerines, je les ai écouter parler, c'était comme une éponge qui se remplit d'eau. Quand par la suite, j'ai commencé à écrire un premier roman sur la danse, Le sang des étoiles, je n'ai eu qu'à presser l'éponge pour que des tas de choses que j'avais emmagasinées me reviennent. Il faut ajouter aussi que j'allais au spectacle et que j'avais une tante par alliance qui était danseuse étoile. Tout un passé...

A la fin des livres danse, il y a un extrait du livre suivant ? Est-ce que vous savez d'avance ce que vous allez écrire ?

J'écris au fur et à mesure. J'en donne un par mois en ce moment.

CHARLOTTE RUFFAULT (directrice littéraire chez Bayard Jeunesse) : Chez l'éditeur, elle en a déjà deux d'avance. Pour pouvoir mettre un extrait dans le premier, il faut bien qu'on ait engrangé le deuxième et, en ce moment, l'auteur est en train d'écrire le troisième.

Il m'est arrivé d'écrire l'extrait avant d'écrire le roman. Ce qui n'est pas mal parce que ça me donne un point d'appui différent. Je sais à l'avance ce que je vais écrire, cela donne déjà une réalité au prochain volume. C'est un peu un travail de gymnastique, mais c'est parce que j'ai beaucoup écrit que j'en suis capable. Au début, les extraits étaient tirés de romans déjà parus, parce que je les avaient écrits à l'avance. Maintenant, la demande se fait plus serrée. Il me restait à écrire mon extrait pour éviter justement qu'on me colle une présentation d'une autre série...

De Ballerine !

Non, Ballerine n'existait pas. Quand on m'a dit qu'on allait mettre un extrait d'un autre roman, j'ai dit : "Dans ce cas j'écris tout de suite l'extrait". C'est comme ça que l'on avance. Et ça m'apporte beaucoup, puisque j'ai l'impression d'avoir déjà un peu écrit le prochain.

Vous arrivez à garder la même passion ?

Ah oui : je ne me mets à écrire l'histoire que si j'en ai envie. C'est un peu acrobatique quelquefois parce qu'il faut vraiment être motivé. On ne se dit pas "Il faut que j'y aille, il faut que je commence". Il doit y avoir un déclic, il faut que je sache ce que je vais raconter. C'est comme ça que je fonctionne. je pense que si un autre auteur vous parlait, il ne vous dirait pas la même chose.

[...]

C'est toujours le danger de la traduction. Quand on écrit, on met tout ce que l'on est dans un texte et c'est difficile de le voir déformé. Il faut peut-être l'accepter si on veut être publié ailleurs mais à quel prix ? La série Danse va être traduite en espagnol, et comme je parle espagnol j'ai demandé à avoir un droit de regard. J'ai demandé également les épreuves, mais ils ne pouvaient pas me les envoyer sinon le livre sortirait trop tard. Par contre, j'ai eu l'éditrice, qui m'a dit qu'elle avait respecté toutes mes ropositions de corrections. Rien n'avait été changé dans le déroulement, c'était juste que l'écriture n'était pas assez vivante de mon point de vue. C'est pour cette raison que je me suis permise de faire une lettre à tous les traducteurs futurs de Danse, et cette lettre va être envoyée dans les pays étrangers qui ont acheté la série. On espère que les traducteurs lisent le français.

En quelle langue a-t-elle été traduite ?

En italien, en Hongrois et en Espagnol. En Hongrois, j'aurais dû mal à voir si ça marche ou pas. J'ai envoyé une lettre où j'explique qui est le personnage, comment il parle, son âge, sa façon d'être. Nina est une danseuse, et je pense que le texte doit être également danser, être léger et rapide, car si une danseuse à l'air de se traîner comme une limace c'est embêtant. Ils étaient contents d'avoir une ligne à suivre. Finalement, il y a quelquefois dans un livre, des choses qui sont aveuglantes et qu'un traducteur ne voit pas forcément. Voilà comment un auteur essaie, comme il le peut, de suivre son texte et de le défendre, ce qui n'est pas toujours facile. C'est vrai que ce livre va être traduit en Arabe et là je ne sais pas du tout ce qu'ils vont en faire et je ne le saurai jamais.

Sauf si tu trouves quelqu'un qui le lit...

Oui, mais quelquefois il vaut mieux garder ses illusions. C'est ça au fond les livres, c'est comme des enfants : il faut les laisser s'embarquer dans la vie, meêm s'ils sont cabossés un peu ici et là.

[...]

Moi j'écris dans le plaisir ! Je n'écris pas tellement ite. Quatre à cinq pages par jour, en y passant en moyenne sept heures, ce n'est pas très rapide.

 

Pour lire le débat en entier, cliquez ici

 

 

 

Commentaire (1)

1. Luce Le 23/04/2008 à 18:11

J'adore cette interview, merci pour cette trouvaille!
Et puis quand je pense qu'elle était à Lille en 2002!... lol
A bientôt!
Ajouter un commentaire
Vous

Votre message

Plus de smileys

Champ de sécurité

Veuillez recopier les caractères de l'image :



Dernière mise à jour de cette page le 22/04/2008

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Littérature
Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web